Éthiopie : une organisation de conservation des Pays-Bas impliqué
dans l'expulsion de milliers de membres de tribus
Le parc national Omo, situé dans le Sud de l'Éthiopie,
sera bientôt sous le contrôle de l'organisation de
conservation hollandaise
African Parks Foundation (APF), et 50 000 membres de diverses tribus
risquent d'en être expulsés et/ou de perdre leur
accès à des
ressources vitales pour eux.
Ce parc de 1 570 miles carrés héberge les tribus Suri,
Dizi, Mursi, Me'en et Nyangatom. Leurs membres habitent le parc ou
l'utilisent presque entièrement pour l'agriculture et
l'élevage de bétail. Ce territoire est leur foyer depuis
des siècles.
Les frontières du parc national Omo ont été
récemment légalisées dans le 1966 mais de
faciliter la passation d'un contrat de gestion entre l'African Parks
Foundation et les gouvernements fédéral et
régional de l'Éthiopie. Cette régularisation a
été effectuée par des fonctionnaires
éthiopiens du parc, qui ont persuadé les membres des
tribus à signer des documents qu'ils étaient incapables
de lire et par lesquels ils perdaient leur territoire sans compensation
aucune.
Un membre de la tribu Mursi a raconté qu'il " a vu la police
saisir trois membres de la tribu Mursi et les obliger à signer
le papier avec l'empreinte de leur pouce ".
La régularisation du parc Omo fera de ses habitants des
squatters dans leur propre terre. L'African Parks Foundation savait
comment avait été obtenu " l'accord " de la population
à propos des limites du parc ; à plusieurs reprises, on
lui a demandé d'inclure dans son contrat avec le gouvernement
une clause disant qu'il n'y aurait pas d'expulsions. Pourtant, la
fondation a signé, en novembre 2005, un contrat qui ne mentionne
absolument pas les peuples tribaux.
Plusieurs fonctionnaires du gouvernement éthiopien ont dit
qu'ils prévoient de déplacer les tribus, tandis que
l'African Parks Foundation déclare qu'elle ne peut pas
interférer avec les plans d'un "gouvernement souverain ".
Ce n'est pas la première fois que les gens sont expulsés
d'un parc que l'African Parks Foundation a pris à sa charge. En
février 2004, l'APF a signé un accord pour gérer
le parc national de Nech Sar, près d'Arba Minch. En novembre
2004, les maisons de 463 familles Guji ont été
brûlées par les fonctionnaires éthiopiens du parc
et la police locale, pour obliger les Guji à quitter leurs
terres à l'intérieur du parc.
"Habituellement, quand une maison est brûlée par des
délinquants nous l'entendons à la radio. Nous entendons
des informations sur des crimes de toutes sortes. Dans notre cas, nous
avons perdu 463 maisons mais rien n'a été dit", a dit un
membre de la tribu Guji.
En 2004, dix mille personnes des tribus Guji et Kore ont dû
quitter le parc Nech Sar pour respecter les termes d'un contrat de
gestion entre le gouvernement et l'APF, suivant lequel il fallait
sortir tout le monde avant que l'APF ne s'en charge.
" Comme nous ne voulions pas participer à la
réinstallation, j'ai mis une clause dans le contrat
spécifiant que nous ne nous chargerions pas du parc tant que la
réinstallation ne serait pas complétée " , a dit
Paul van Vlissingen.
L'African Parks Foundation a été créée par
Paul van Vlissingen, président d'une société
géante de distribution de gaz liquide, Makro
Retail and Calor Gas. Rob Walton, président du conseil
d'administration de Wal-Mart, appartient au conseil de l'African Parks
Foundation. La fondation Walton a donné de grandes sommes
d'argent à l'APF, dont elle est l'un des deux principaux
bailleurs de fonds, l'autre étant le Département
d'État des États-Unis.
L'African Parks Foundation gère des parcs en Zambie, au Malawi,
en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo,
au Soudan et en Éthiopie, et cherche apparemment à en
gérer d'autres encore. Les revenus que produisent ces parcs sont
réinvestis dans d'autres projets et destinés à
ouvrir d'autres parcs. " Les parcs nationaux doivent devenir
des entreprises virtuelles ", a dit Paul van Vlissingen. La philosophie
commerciale qu'il applique à son organisation de conservation
n'a rien d'étonnant, le magnat Rob Walton faisant partie de
l'équipe.
Ce plan peut avoir des effets désastreux sur l'environnement, si
ceux qui ont géré le territoire et la faune pendant des
siècles en sont
expulsés. Les membres des tribus ont modelé ce paysage au
cours de milliers d'années d'agriculture et d'élevage. Le
départ des êtres
humains avec lesquels les animaux sauvages ont développé
certains modèles de comportement représenterait un
changement radical de l'écosystème. La présence
autour du parc de populations affamées et en colère
conspirerait contre le succès de l'entreprise et contre la
diversité biologique.
Si les tribus de la zone sont expulsées, il y aura très
probablement des conflits violents avec le gouvernement et avec les
tribus des
territoires où elles seront réinstallées. Il
n'existe pas de terres inoccupées dans la région ; il y
aura trop peu de terre pour trop de
personnes, et cela provoquera des affrontements.
"Le gouvernement éthiopien devrait s'inquiéter beaucoup
devant la perspective de plus de violence s'il poursuit sa politique
apparente de déplacement dans la région d'Omo S ", a dit
David Turton, un anthropologue britannique qui a une expérience
de plus de 30 ans de travail avec les Mursi, l'une des tribus qui
habitent le parc national. "Toute tentative d'empiéter sur le
territoire des Mursi augmentera la pression qui existe actuellement sur
les ressources de la région inférieure de l'Omo. "